J'y suis allée en traînant les pieds, même pas le courage de faire la queue sur le trottoir de la rue de Rennes avant l'ouverture des portes à 10h, pire, je suis arrivée en retard, j'avais perdu la foi.

10h30, je me pointe donc chez H&M au premier étage, et, là, stupeur! Ne restaient en rayon que des soutien-gorges panthère et deux pantalons trop petits, tout avait été vendu! Malgré ce stand Cavalli vide, les vendeurs jubilatoires, on a fait peu de pièces, c'est plus sélectif cette année, nombre de clientes étaient toujours sur la place, serrant leur butin contre leur coeur, et, là, je mesure l'étendue du désastre, je maudis mon inconséquence, comment ai-je pu rester devant mon PC à lire des mails, à prendre un café comme tous mes matins, quand des robes "pas chères" de Cavalli étaient suspendues dans le vide à quelques brasses de mon arrêt de bus? Je ne m'en remettrai pas... d'ailleurs, mon tempérament combattif résiduel me souffle qu'il faut se battre, là, tout de suite, qu'après, ce sera trop tard... Première mesure, mater les fringues froissées dans les bras des clientes, demander la taille, quelle taille vous avez là? Seconde mesure stratégique entre mille, squatter la file d'attente de la cabine d'essayage, car, il faut voir les choses en face, une fois essayées, ces robes n'iront pas à grand monde et reviendront sur les portants dans le couloir de la cabine et c'est là que ça se joue : avant la remise en rayon, tenter d'amadouer la vendeuse, qu'elle ne remette pas en rayon cette somptueuse tunique en mousseline zébrée dont soudain je ne peux plus me passer, qu'elle ne la livre pas aux lions, qu'elle me la donne à essayer!



Dans l'intervalle, j'interviewe un vendeur, rue de Rennes, "ils" n'ont eu que 600 pièces mais bd Haussman, "ils" en ont eu 4000, pourrait-on leur téléphoner pour savoir... Réponse étonnée du vendeur : mais bd Haussman, "ils" ne répondent pas au téléphone, "ils" ne mettent rien de côté pour Cavalli et à cette heure-ci (11h), je me fais des illusions... Pitié du vendeur pour l'inconsciente qui n'a pas compris l'importance d'arriver à l'heure pour un événement de cette envergure, délirant qu'on lui répondrait au téléphone un jour pareil... Je me mets à coller des clientes qui essayent hors cabines, si vous ne prenez pas cette robe, si cette tunique ne vous va pas, une femme maigre comme un crayon essaye la tunique panthère en taille 42 que je convoite, elle y flotte comme dans un sac mais impossible de la convaincre que c'est trop grand pour elle, d'ailleurs, une femme s'interpose, elle était là avant moi, si la femme crayon renonce à sa tunique, ce sera elle d'abord, surtout que l'intervenante vient de banlieue, où cette année "ils" n'ont pas fait la collection Cavalli, contrairement aux saisons Lagerfeld ou Stella Mc Cartney, et cette justice à deux vitesses l'a mise de mauvaise humeur, on peut comprendre... Quand je suis arrivée, deux jeunes filles ont dû être séparées par des vendeurs pour une veste en fausse fourrure à 199 Euros, chacune jurant qu'elle l'avait vue en premier, on a dû trancher, la recalée était furieuse, drôle d'histoire...

Pour la première fois de ma vie, je sors de la boutique H&M de la rue de Rennes les bras vides, sans le moindre foulard panthère Cavalli à 19 Euros, d'ailleurs en sortant, je déclenche la sonnerie, le vigile me fait revenir mais devant ma mine défaite, je n'ai RIEN trouvé, il ne me fouille même pas... Quelque chose me souffle que si j'étais un peu moins molle et défaitiste, je prendrais un taxi pour le bd Haussman, à cette heure-ci, et en plus, "ils" ont ouvert plus tôt, à 9h30.

Le taxi trace, d'habitude, j'ai peur en voiture mais là je me remets à espérer, plus vite, il faut arriver avant l'heure du déjeûner, avant la cohue de la sortie des bureaux... 11h30, je pénètre dans le temple, je me précipite au sous-sol par l'ascenseur et je suis happée dans une mêlée, un imper noir taille 46, je prends, une chemise noire XL, je prends, des rayons sont déplacés d'un bout à l'autre du magasin, je finis par comprendre, que, faute de vêtements Cavalli pour femmes, les vendeurs déménagent la collection pour hommes, je suis en train de stocker des vêtements Cavalli, certes, mais pour les hommes... Enfin, un pantalon panthère pour femmes à ma taille, la chance a tourné, je m'enhardis, deux écharpes panthère pour femmes, il en reste, un vrai miracle, et les robes du soir emprisonnées dans leur housse jaune à maille sont là, quel vertige... Malheureusement, ces robes longues, soit la dorée à 299 Euros et les deux robes panthères à seulement 149 Euros ne dépassent pas la taille 40, "ils" n'ont pas fait plus grand, et en rayon ne restent que des 34, 36 et 38, une jeune fille cherche un 34, bienheureuse anorexique... Deux séries de cabines dans cette usine, des files immmenses, j'y passe le nez avec difficultés, les clientes ressortent des cabines sans rendre les articles, quelle tuile...  Pour pallier la frustration, les bras douloureux de porter trop de cintres inutiles, j'attrappe une paire de boots pour hommes à 149 Euros pour mon mari qui se fout de Cavalli comme d'une gigne et ne va pas comprendre la baraka d'avoir déniché sa pointure... Soudain, comme je fais le pied de grue en bavardant avec des victimes de mon accabit, une jeune femme retrouve un visage humain, cette tunique en taille 42 qu'elle a dans les bras, elle va l'essayer, là, dans l'allée, et si elle ne la prend pas, elle me la donnera... Sa minceur me donne un espoir, je respire façon yoga, le verdict va tomber, victoire!!! elle est trop grande, elle est à moi, pour peu, je l'embrasserais, je peux enfin sortir de ce sauna, enfin, presque...

Pour quelqu'un qui n'a rien trouvé, je sors enfin du magasin à 13h, chargée comme une mule, aux boots de mon mari lourdes comme des briques, j'ai ajouté un jean noir Cavalli à 59 Euros, on m'a fait cadeau des cintres, j'ai fini par acheter pour moi deux t.shirts noirs pour homme en taille M dont un à manches longues et platron satiné (importable pour hommes...), j'aurais dû prendre aussi le gilet noir en laine, tellement lourd, j'ai abdiqué. Mon taux d'adrénaline chutant d'un coup, je crois que je vais m'écrouler, ce serait dommage après la victoire... Jouxtant H&M, un Mac Do mais comment y pénétrer avec tous ces paquets? Un simple verre d'eau me suffirait ou un Mars, n'importe quoi... Je finis par atterrir rue de Provence dans un bar, un mirage, je m'affale, mes vêtements sont collés par la transpiration, mon brushing de la veille aplati sur la tête, possible que j'ai maigri d'une taille à m'agiter de la sorte...

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